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Actualité, Le fil..., Politique général, à la une 10 mai 2010

Discours de la fête de l’Iris – 8 mai 2010

dsc_1263Mesdames, Messieurs,

Rappelez-vous il y a 1 an, nous fêtions les 20 ans de la Région.

Cet anniversaire avait donné lieu à une série d’initiatives et contributions à l’évènement venant tant des pouvoirs publics que de l’associatif, des milieux économiques et académiques.

Cet anniversaire avait été une invitation à réfléchir au fonctionnement de notre institution régionale, à évaluer ce que furent ces 20 ans, aux enjeux présents et futurs, etc.

Signe très positif, ce grand corps contusionné par une construction institutionnelle compliquée avait de la ressource.

Quelques constats apparaissaient dans l’analyse faite de ces 20 ans. Certes, le modèle bruxellois pouvait être pris en exemple d’un compromis permettant la coexistence constructive de nos communautés mais ce modèle montrait aussi des signes de vulnérabilité indéniable, ainsi:

Le mécanisme structurel de financement fondé sur des paramètres peu favorables à Bruxelles et qui fut insuffisamment compensé par des interventions fédérales ou communautaires ponctuelles.

Ainsi le cadre contraignant des législations fédérales inadaptées au contexte et aux spécificités bruxelloises et j’en veux pour preuve la loi sur l’usage des langues qui n’aura pas été sans influence sur l’organisation de nos services publics.

Ajoutons l’extrême difficulté d’établir une stratégie commune aux 3 régions pour assurer un développement concerté et harmonieux de Bruxelles et de son hinterland, et aussi de travailler ensemble à une échelle permettant la recherche de solutions communes à des problèmes tels que la mobilité, la gestion de l’environnement, le risque de concurrence économique stérile, l’expansion démographique de Bruxelles, etc.

A cela s’ajoutait donc le poids d’un édifice institutionnel bruxellois né de l’imagination inépuisable de négociateurs mais qui était aussi la rançon payée à la pacification communautaire espérée.
Je songe au nombre de parlementaires, au mode de répartition des compétences ministérielles entre francophones et néerlandophones, à l’existence de 4 assemblées, à des asymétries gênantes dans le transfert de compétences vers nos assemblées communautaires COCOF et VGC, à l’ambiguïté des relations Région-Communes née de la méfiance communautaire, etc…

On entend aujourd’hui des voix persifleuses parler de la Gouvernance douteuse de nos institutions régionales, de la nécessité de simplifier en appelant à plus d’efficacité. Facile à dire, mais on semble oublier que ces mesures de précaution alambiquées qui ont valeur de garantie pour les 2 communautés furent imposés aux bruxellois.

Nous avons donc payé un sérieux tribut à la recherche de ce consensus bruxellois mais avec la conviction que notre rôle de capitale consistait à montrer l’exemple de ce pragmatisme dérogeant parfois à une vision théorique et idéale.

La réussite du modèle bruxellois put même enrayer, ralentir les forces centrifuges en action dans le pays ou pour le moins faire en sorte qu’aux tensions communautaires nationales existantes ne s’ajouterait pas l’image désastreuse du déchirement entre NL et FR dans la Capitale. Aujourd’hui force est de constater (comme je l’ai déjà dit) que la crise nationale aura plus embarrassé Bruxelles que Bruxelles n’aura posé de problèmes au pays.Nous avons aussi été nombreux à être confiants dans la possibilité de bâtir un fédéralisme fructueux et soucieux de coopération dont Bruxelles peut être une plaque tournante au service de tous.

Et Bruxelles a loyalement honoré son contrat dans ce fédéralisme coopératif en privilégiant l’établissement des institutions internationales et en renforçant son apport économique au pays. Je pense par exemple à la manière dont nous avons récemment rendu possible l’extension d’Audi à Bruxelles.

Et voilà qu’en récompense des services rendus au pays et à quel prix, par nous Bruxellois, certains tentent de banaliser l’idée que Bruxelles n’est pas tout à fait une région comme les autres et de susurrer, voire de décréter que Bruxelles devrait par exemple subir la tutelle d’une co-gestion par les néerlandophones et les francophones du pays, voire être placée sous la tutelle d’un état fédéral pourtant lui-même délaissé de ses compétences au bénéfice des autres régions.

Mesdames, Messieurs,

Si cela devait se produire ce serait un comble pour des Bruxellois qui ont toujours refusé la fracture nationale et se verraient imposer les conséquences néfastes de celle-ci à travers de nouvelles formules institutionnelles nous privant de nos droits légitimes.

Qu’on ne s’y trompe pas. Mettre le feu à Bruxelles en refusant aux Bruxellois le droit de gérer leur région au même titre que les Flamands et les Wallons ou en refusant à notre région des moyens suffisants pour assurer des conditions de vie dignes à ses habitants constituerait une agression lourde de conséquences.

Ce serait ajouter un degré supplémentaire et peut-être irréversible de dramatisation dans nos relations communautaires mais aussi prendre à témoin l’Europe présente à Bruxelles que nos passions et notre déraison confinent au suicide collectif.
Vous l’avez compris, cette crise survient à un mauvais moment pour notre Région qui, plus que jamais, a besoin de la collaboration du Fédéral et de la prise en compte par celui-ci des enjeux cruciaux qui se situent à Bruxelles, tant pour les Bruxellois eux-mêmes que pour l’ensemble du pays.

Cette crise peut donc avoir des conséquences négatives pour nous, mais il est fondamental qu’elle n’ait aucune répercussion sur le fonctionnement et le climat communautaire au sein de notre Région.

Il y a trois ans, lors d’une première période de troubles, le Gouvernement et le Parlement bruxellois avaient su conserver leur unité et parler d’une même voix au groupe qui planchait sur une réforme de l’État en lui adressant un cahier de revendications commun. Cette base commune a d’ailleurs été intégralement reprise dans l’accord de majorité pour la présente législature. Mon premier souhait est donc de maintenir l’unité bruxelloise dans la tourmente actuelle qui secoue le pays.

Bruxelles, Capitale de la Belgique fédérale et de l’Union européenne, Région à part entière doit continuer à constituer un exemple de la capacité de vivre ensemble des deux grandes communautés du pays. Nous avons pu jouer ce rôle de trait d’union depuis 1989 malgré des institutions complexes et d’inévitables moments de tension. Il est essentiel à mes yeux de maintenir ce cap et de montrer à l’ensemble du pays que la cohabitation est possible et qu’aucun problème n’est insoluble avec de la bonne volonté et la nécessité impérative de servir les citoyens que nous représentons.

Il y va également de notre crédibilité internationale à la veille d’une échéance où les yeux de l’Europe seront, plus encore qu’à l’habitude, braqués sur Bruxelles et la Belgique.

Je n’oublie pas bien sûr le sort de nos concitoyens bruxellois qui attendent que des réponses concrètes soient apportées à leurs problèmes quotidiens. J’en ai déjà cité quelques-unes avec la mise au travail des demandeurs d’emploi, la formation, l’éducation, la sécurité et les problèmes de mobilité mais je n’oublie pas les enjeux environnementaux, le coût de l’énergie et du logement pour n’aborder que les plus fondamentaux.

Pour ces raisons, la Région bruxelloise ne peut pas se payer le luxe d’une crise communautaire interne. Celle-ci ferait d’ailleurs trop plaisir à ceux qui n’attendent que cela pour affaiblir encore la Belgique et peut-être emporter avec elle tout ce qu’elle incarne en termes de coexistence des identités. J’ai toujours pensé que le destin de Bruxelles était, quelles que soient les formes institutionnelles que peut prendre la Belgique, de contribuer au vivre ensemble des deux grandes communautés en son sein. Il s’agit d’un destin complexe et politiquement semé d’embûches mais nous l’avons parcouru vaillamment et avec succès depuis 20 ans.

Je formule le souhait et l’espoir que nous surmonterons ce nouvel obstacle et que nous saurons faire preuve du bon sens et de la détermination que les Bruxellois et les gens raisonnables du pays attendent de nous.

Mesdames, Messieurs,

C’est sur cette hypothèse optimiste que je vous souhaite une agréable fête.