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Actualité, non-classés, à la une 4 juin 2010

“Pas de réforme de l’Etat sans refinancement de Bruxelles “

« Pas de réforme de l’Etat sans refinancement de Bruxelles »

Interview de Laurette Onkelinx et Charles Picqué dans le journal Le Soir du 3 juin 2010

Refinancer Bruxelles, c’est un engagement, une exigence, une exclusive » pour le PS en vue des prochaines négociations sur la réforme de l’Etat. Pour Laurette Onkelinx et Charles Picqué, respectivement tête et dernier de liste, c’est un must. « Si elle ne reçoit pas de moyens supplémentaires, Bruxelles ne saura pas assumer l’obligation scolaire d’ici cinq ans », indique la vice-première sortante.

« Refinancer Bruxelles, nous en faisons une exigence ! »

Entretien recueilli par David Coppi et Véronique Lamquin

Ensemble, Laurette Onkelinx, tête de liste PS à la Chambre à Bruxelles, et Charles Picqué, ministre-président, dernier de liste, demandent, réclament, exigent, que l’on refinance la Région-Capitale et que ce soit là un point fort de la prochaine réforme de l’Etat…

Laurette Onkelinx. Le PS a créé Bruxelles, le PS va renforcer Bruxelles. Ce n’est pas une promesse, c’est un engagement. Un engagement très fort qu’on veut décliner d’au moins trois manières.

Un : on veut le refinancement de Bruxelles. On sait que, dans la dernière ligne droite avant la chute du gouvernement, c’est le PS qui a dit à la table des négociations : il faut des moyens financiers nouveaux pour Bruxelles. Qui vit une explosion démographique : 2 % de population en plus chaque année. C’est inouï, c’est merveilleux mais les problèmes ne sont pas pour dans dix ou vingt ans, ils sont là aujourd’hui. Sans moyens supplémentaires, Bruxelles ne sera pas à même, dans les cinq ans qui viennent, d’assumer l’obligation scolaire. Il faut d’ici 2015, créer 79 écoles. Ce n’est pas faire de grandes phrases ou des fanfaronnades, c’est un constat. Même chose pour les crèches : il faut 570 places par an. C’est é – nor – me ! Il y a aussi les problèmes d’emploi, de logement, de mobilité… Pour nous, le refinancement, c’est donc l’engagement majeur.

Deuxièmement : dans l’ensemble des politiques fédérales, il faut avoir l’« obsession » de Bruxelles. On ne part pas de rien ; en dix ans, on a donné un milliard à Bruxelles avec Beliris (l’enveloppe fédérale pour les grands projets, NDLR). Il faut une véritable « discrimination positive » pour Bruxelles dans les décisions du fédéral.

Trois : la solidarité Wallonie-Bruxelles. Bruxelles doit se défendre et pour cela doit avoir des alliés. Casser la solidarité Wallonie-Bruxelles ça n’a absolument aucun sens. Quand on dit qu’il faut revoir la loi de financement des Régions et Communautés pour que Bruxelles ait plus, tout à fait d’accord. Mais si c’est pour que la Wallonie ait moins, c’est non ! Il faut travailler comme des alliés.

Charles Picqué. Le financement de Bruxelles c’est, en fait, une condition de la survie du pays et de sa prospérité. Bruxelles affaibli, c’est non seulement néfaste pour l’économie du pays mais en plus de ça, c’est éliminer un élément de stabilité du pays.

En fait, deux grands tests du « vivre-ensemble » s’annoncent : la viabilité – et donc le financement – de Bruxelles et la Sécurité sociale.

J’ajoute que le combat pour Bruxelles est devenu un combat social vu les injustices commises à l’égard de sa population. C’est nous qui coûtons le moins au pays puisqu’on vit beaucoup plus de nos ressources propres et c’est nous qui faisons le plus gros effort budgétaire comparé aux deux autres Régions. En outre, prenez l’emploi des Bruxellois dans les administrations fédérales : on est à 2 % à la SNCB, 4 % aux Finances !

Alors, pour le moment, on assiste un peu à la course au meilleur francophone. Mais moi je trouve qu’il faut y substituer le choix du meilleur négociateur francophone ! Celui qui sait concilier fermeté et capacité de dialogue.

Bruxelles est l’objet de convoitises flamandes. Sera-t-il encore possible de négocier avec les partis flamands ? Le refinancement vous y croyez vraiment ?

Laurette Onkelinx. J’ai dit que c’était un engagement. Ferme. Vous savez, les libéraux francophones et flamands veulent que les Régions contribuent davantage à l’effort pour l’équilibre budgétaire… Qu’est-ce que ça veut dire ? Appauvrir les Régions. Pour Bruxelles, une catastrophe. Pour le moment, les libéraux, c’est vraiment la faiblesse de Bruxelles. Quand ils disent : on n’a qu’à changer la loi de financement de telle manière que les Flamands et les Wallons paient pour Bruxelles, cela créerait un problème à la fois avec les Flamands et les Wallons !

Sur le refinancement, votre chiffre ?

Laurette Onkelinx. On repart des chiffres que Charles avait donnés (NDLR : 500 millions d’euros).

Charles Picqué. Cela étant, en dehors de ce financement spécifique, il faut que le fédéral produise un effort lui-même pour une série de choses.

Laurette Onkelinx. Oui : dans Beliris, on avait mis 10 millions pour une étude sur le métro à Bruxelles ; pour moi c’est une nécessité mais cela va coûter un milliard… On peut donc très bien dire que le fédéral prendra ça à sa charge.

Charles Picqué. Si le fédéral finançait les investissements liés au statut de capitale nationale et internationale, comme le métro, cela libérerait des moyens, au budget régional, pour les politiques plus spécifiques, liées aux besoins des habitants.

Le FDF dit : le projet flamand, c’est d’avaler Bruxelles.

Laurette Onkelinx. Mais ça tout le monde le sait ! Qui va dire le contraire ? Ce n’est pas nouveau !

Il y a tout de même une marge de discussion avec les partis flamands ?

Laurette Onkelinx. Oui ! Pour un accord il faut être deux : ils ont leurs revendications, nous aussi.

Charles Picqué. Le constat que Bruxelles doit être refinancée, plus personne ne le conteste. C’est une étape. Deuxième idée qui a très fort « percolé » ces dernières années : Bruxelles est un levier économique pour tous. La Région bruxelloise représente 20 % du PIB ; on passe à 34 % si on prend certaines communes du Brabant flamand et une partie du Brabant wallon. Il y a quelques années, en Flandre, le refinancement n’apparaissait pas comme une nécessité objective mais comme un caprice. Ce n’est plus le cas. Ce n’était pas simple non plus de convaincre en Wallonie, et là aussi il y a eu une évolution majeure.

Laurette Onkelinx. Dans la dernière ligne droite des négociations Dehaene sur BHV, quand le PS avait dit qu’il voulait un refinancement de Bruxelles, les négociateurs flamands avaient commencé à dire oui.

Vous en faites une exclusive pour les discussions sur la réforme de l’Etat ?

Laurette Onkelinx. Clairement. Le débat institutionnel passera par là.

Certains disent : le PS veut le refinancement de Bruxelles et, en échange, est prêt à sacrifier la périphérie.

Charles Picqué. Qui a dit ça ? Mais qui a dit ça ? Ce que j’ai dit, c’est que la scission de l’arrondissement n’est pas une priorité, qu’elle peut attendre. Par contre, ce qui ne peut pas attendre, c’est le refinancement de Bruxelles. Il n’y a aura pas de Région bruxelloise viable et pacifiée si on ne pacifie pas la périphérie ! Le sort des deux est lié.

Si la N-VA domine en Flandre, est-ce que cela change la donne ?

Laurette Onkelinx.Non ! Pourquoi ? On ne va pas avoir des revendications en fonction des partenaires devant nous ! On a notre projet, on va le porter. Le PS tient le même discours à Bruxelles comme en Wallonie. C’est important. Pour réussir, un parti fort, responsable, uni, c’est un solide gage, ça !

Si on en arrive au scénario de l’éclatement du pays, quel avenir pour Bruxelles ?

Charles Picqué. Les Bruxellois seront maîtres de leur destin ! Ils s’associeront avec qui ils décideront de s’associer. Punt aan de lijn.

© Le Soir – Jeudi 3 juin 2010